Perspectives 2016-2025

Au cours de la décennie 2016 – 2025, le Comité Anti-Bwaki entend poursuivre et renforcer son action dans le cadre d’un Plan Stratégique portant sur cinq volets :

1° L’agro-écologie et la souveraineté alimentaire

L’agro-écologie est un choix et une politique que le CAB va renforcer au niveau de ses interventions dans le domaine de la production agropastorale.

Il s’agit, à la fois, de promouvoir les meilleures pratiques et une vision durable des rapports entre les agriculteurs et la terre, d’accompagner le maintien et le renforcement des liens entre le producteurs et les sols dans une logique de durabilité et de gestion rationnelle des ressources, et de maintenir une intégration harmonieuse entre l’homme, les activités agropastorales et l’environnement.

Les débats sur les méthodes de l’agriculture moderne et les effets des agro toxiques sur la vie humaine et sur l’environnement nous interpellent.

Ils nous obligent à œuvrer pour une agriculture saine, maîtrisable par les paysans et conservatrice des ressources, à savoir la terre et les semences, pour les générations actuelles et futures.

Dans ce domaine, il va également s’agir de viser la souveraineté alimentaire. Nos villes et nos villages sont de plus en plus inondées par des produits agricoles et d’élevage en provenance des pays étrangers.

Les mêmes produits que nous récoltions en abondance dans nos champs et dont nous exportions des excédents considérables, nous viennent de l’extérieur et sont vendus dans nos marchés. La farine de manioc, le haricot, le poisson, le riz, … et mêmes les légumes viennent maintenant des pays voisins, et de la Chine. La région si gâtée par la nature, grenier du Congo hier, est aujourd’hui nourrie par les importations massives des vivres qu’elle produisait avant.

En plus de l’insécurité alimentaire, du fait de l’incapacité des familles à assurer un seul repas par jour, nous sommes devenus dépendants, fortement colonisés et entièrement occupés. Nous avons perdu toutes nos capacités à produire, mais aussi notre dignité de peuple à mesure de se nourrir et de se développer.

Pendant les dix prochaines années, le CAB va continuer à interpeller les producteurs et les autorités sur le danger de continuer à nous laisser ainsi envahir et anéantir, sur la nécessité d’un sursaut de dignité et de fierté afin de limiter les importations des vivres.

Chaque famille, dans les villages, devrait s’engager à vivre au maximum de la production de son champ. Et ceux qui n’ont pas de champ devraient trouver, sur le marché, des aliments disponibles, produits et transformés localement, parce que les producteurs disposeront alors la volonté et la capacité pour accroître leurs rendements, produire plus, consommer et vendre les surplus.

Dans cette vision, les activités agricoles doivent être conçues et menées dans la logique de la rentabilité économique. Nous devons dépasser l’agriculture de subsistance et nous inscrire dans la stratégie d’exploitations familiales visant le marché.

Il ne s’agit pas de promouvoir l’agrobusiness nuisible à la paysannerie et aux intérêts locaux, mais bien de promouvoir la rentabilisation des pratiques et des exploitations familiales en faisant en sorte que l’agriculture familiale devienne un métier et une source de richesse au niveau familial et au niveau de l’économie locale.

Une telle transformation devra surtout passer par les jeunes. Au cours des dix prochaines années, nous voulons que les jeunes soient nombreux dans l’agriculture et l’élevage.

Il s’agit de rabaisser la moyenne d’âge des agriculteurs qui est aujourd’hui au-delà de 50-60 ans, et de donner aux jeunes producteurs de l’emploi et de l’avenir. Le CAB va collaborer avec des volontés disponibles, et l’ensemble de ses partenaires, pour continuer la sensibilisation et les formations sur les pratiques agro-écologiques, appuyer les producteurs en intrants et ressources et accompagner les filières porteuses dans cette vision de souveraineté alimentaire.

2° Economie rurale,

La vision à privilégier, c’est la logique de l’économie solidaire donnant lieu à la promotion et à l’accompagnement de toutes les initiatives de mobilisation, de gestion et d’accès aux ressources au niveau de la base, qu’il s’agisse des initiatives génératrices de revenu, d’unités de production, de mutuelles de solidarité, des systèmes locaux de crédits rotatifs ou même des mécanismes d’accès aux crédits via les institutions locales ou des structures participatives et autogérées par les communautés elles-mêmes.

La transformation et la commercialisation des produits agricoles est le passage obligé pour valoriser l’agriculture et rendre nos produits compétitifs ; c’est la stratégie indiquée pour développer le marché local, limiter la fuite des devises et l’érosion de l’économie locale à cause de l’importation des vivres ; c’est le moyen indiqué pour donner du revenu aux agriculteurs et développer nos capacités de production.

Il s’agira, au cours de la prochaine décennie, d’appuyer par la formation et la disponibilité des ressources et des relations, la mise en place des unités de collecte, de transformation, de conditionnement et d’écoulement des produits, au niveau des coopératives agricoles et des filières porteuses.

Il sera également question de contribuer au développement de l’’entreprenariat rural, par l’appui aux producteurs, aux unités artisanales dans la mesure où celles-ci mettent sur le marché des produits valorisés et compétitifs, et contribuent à la réduction des importations.

On ne peut imaginer que nous puissions continuer à importer du papier serviette, des cure-dents, du savon de ménage, des porcelaines, de la purée de tomate, de la confiture…, dans un pays où toute la base de la production est disponible et bon marché.

Evidemment, la promotion de l’économie rurale doit passer par deux goulots d’étranglement, à savoir l’énergie et les tracasseries administratives et fiscales.

On ne pourra jamais développer l’entreprenariat rural sans promouvoir les formes adaptées et les alternatives d’énergie rurale. Le CAB va s’associer à toutes les initiatives et les propositions relatives au développement de l’énergie en milieu rural afin de permettre l’accès aux producteurs et la transformation des produits.

La disponibilité de l’énergie est un réel facteur de stabilisation des jeunes au village, de développement de l’entreprenariat et de l’emploi dans les villages. Malheureusement, le contexte et les réalités congolaises font que le développement est un vain mot du fait de l’absence de volonté politique appropriée.

Les multiples services et taxes, les milles tracasseries et pressions, l’insécurité et l’impunité ne favorisent pas l’entreprenariat. Les quelques initiatives qui s’ouvrent se voient vite contrées de fermer ou d’œuvrer dans l’illégalité à cause de plusieurs services qui exigent plus qu’on ne peut avoir, plus que le capital et les recettes qu’on peut glaner, démultipliant les taxes inimaginables. Les efforts de création d’emplois et de richesses sont découragés, au lieu d’être promus et facilités.

Des analyses avisées ont déjà démontré le fait que l’Etat est organisé contre son peuple, et que les meilleurs investissements préfèrent aller s’installer ailleurs, dans d’autres pays, et s’y développer pour pouvoir, par après, écouler leurs produits chez-nous. Le CAB entend s’inscrire dans les différentes démarches en vue de la naissance d’un Etat de développement, d’un Etat au service de la population.

3° Les infrastructures rurales

Le domaine des infrastructures rurales va figurer encore parmi les priorités de l’action du CAB au cours de dix prochaines années. Dans un pays où les investissements publics et privés dans les villages sont rares, les milieux ruraux apparaissent comme des zones laissées pour compte, abandonnées et peu enviables.

Cela favorise l’exode rural, la pauvreté au village, la surpopulation des villes, les phénomènes des bidonvilles et des enfants de la rue, …. , car toutes les possibilités d’emplois et les symboles de ‘‘modernité’’ sont concentrées en ville.

Le CAB entend poursuivre son action dans les domaines d’accès à l’eau potable, d’amélioration de l’habitat, de construction et réhabilitation des structures sociales et sanitaires, de production et de distribution d’énergie, d’ouverture et de réhabilitation des routes et voies d’accès, d’installation d’hygiène et de salubrité publiques.

Le CAB a accumulée une expertise qu’il va continuer à mettre à la disposition des intervenants dans les différents secteurs. En même temps, il s’agira de déployer des équipes chargées d’assurer des formations et des travaux spécifiques dans les villages, dans la mesure où ces travaux rentrent dans le cadre du développement durable.

L’état d’encombrement et le niveau de la pollution des villes exigent que l’on s’engage dans la viabilisation des villages, en y réalisant des investissements visibles et durables. Les villages doivent cesser d’être pris tout simplement comme des cadres d’exploitation des matières premières, des lieux pour accueillir les déchets des villes, pour y trouver la main-d’œuvre bon marché. Ils doivent devenir de véritables pôles de développement sans lesquels les villes ne peuvent respirer.

4° Environnement

Les effets du changement climatique consécutif à l’action de l’homme sur l’environnement et sur les ressources naturelles nous interpellent. La maison commune, comme nous le rappelle le Pape François 1er dans sa Lettre Encyclique du mois de mai 2015, est en train de brûler ; nous continuons à la démolir et, avec elle, à démolir.

Nos actions irresponsables vis-à-vis de la terre et des ressources naturelles se présentent aujourd’hui comme la programmation, par nous-mêmes, de notre propre disparition.

Face aux dangers qui nous guettent aujourd’hui, dans le souci de limiter les dégâts et de laisser à nos enfants et aux générations futures un monde où ils pourront vivre et s’épanouir, chacun de nous doit agir comme le colibri. Le CAB entend, pendant les dix prochaines années, faire sa part en poursuivant la sensibilisation des décideurs et de la population sur l’urgence et la nécessité de réhabiliter et de protéger l’environnement, d’user rationnellement des ressources naturelles, d’être jaloux de la terre et des richesses que Dieu nous a données, d’en jouir avec intelligence et de les préserver pour l’intérêt de ceux qui vont venir après nous.

Nous allons poursuivre l’appui dans les campagnes de reboisement et reforestation, dans les efforts de gestion rationnelle de l’eau, des semences, des espaces et des espèces, dans les techniques durables de conservation des sols, d’exploitation et de protection des bas-fonds et des bassins versants, dans les diverses initiatives visant à réduire les effets du changement climatique dans notre province, dans nos villages. Nous allons, pour cela, collaborer avec les pouvoirs publics, avec les diverses institutions spécialisées, avec les partenaires et autres bonnes volontés qui tiennent à ce que notre maison commune se fortifie et tienne debout pour toujours, et à jamais.

5° La structuration et communication sociale

Au cours des vingt dernières années, le CAB a accompagné la mise en place des organisations de développement au niveau des villages, principalement les Comités de développement et les Groupements féminins.

Grâce à ces structures, il s’est développé une réelle dynamique d’autopromotion, d’appropriation locale et de mise en œuvre d’initiatives diversifiées visant le bien-être de la population et le développement local.

L’action du CAB et de ses partenaires à la base, en collaboration et en complément avec celles des autres intervenants et opérateurs sociaux (églises, ONG locales, ONGI, programmes de coopération,…) a été développée dans tous les secteurs.

A partir de l’année 2000, les actions menées avec les Comités de développement et les Groupements féminins sont donné lieu à des structures spécifiques et professionnelles, autour des problématiques et d’actions particulières : ce sont les mutuelles d’éleveurs, les coopératives agricoles, les mutuelles de solidarité, les filières agricoles, les unités artisanales et AGR, les brigades d’hygiène et environnement, les comités de gestion des ouvrages d’eau, les comités d’exploitants des marais, les pharmacies vétérinaires, le réseau des coopératives agricoles, ….

Ces structures de deuxième génération devront être appuyées afin qu’elles deviennent de véritables pôles d’impulsion du développement local, de réels syndicats et cadres d’amélioration des conditions de vie des familles qui les fréquentent et de l’ensemble des villages où elles sont opérationnelles.

Il s’agira, pour le CAB pendant les dix prochaines années, de poursuivre les appuis techniques et organisationnels, d’accompagner l’exécution des plans d’action et l’atteinte des objectifs annuels, de renforcer ces structures dans leur gestion et dans leur autonomie, dans leurs partenariats respectifs et au niveau de leurs actions.

Il sera également question, pour le CAB, de continuer et de renforcer la collaboration avec les autorités locales, avec les services étatiques dans la mesure où, en tant qu’organisation complémentaire de l’action gouvernementale, la nécessité d’une vision commune de l’intérêt public constitue une raison de cheminement et de motivation partagés.

La collaboration recherchée est, en réalité, la volonté commune de la renaissance de l’Etat par rapport à sa mission de développement et d’épanouissement de la population.

D’autre part, le CAB a développé des occasions diverses de partenariat et de collaboration avec d’autres ONG locales et internationales, dans le cadre des plates-formes et des synergies spécifiques.

Il conviendra de poursuivre l’implication dans ces partenariats et synergies, d’y renforcer la place et le rôle du CAB dans l’exécution conforme des engagements et pour l’intérêt général des populations.

Enfin, le CAB se propose de poursuivre toutes les stratégies porteuses de formation et d’information à la base, d’échanges et de communication sur les problématiques et défis locaux, sur le développement local et l’évolution du contexte. Il s’agira de s’inscrire dans toutes les dynamiques nécessaires et positives visant la transformation sociale, dans la vision d’un Congo de paix durable, de justice et de sécurité pour tous, où les valeurs sont promues et triomphent sur les vices.

Tel est le résumé du rendez-vous à la fin de l’année 2025.

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