Créé le 14 février 1965, le Comité Anti-Bwaki s’était fixé pour mission, « lutter contre le kwashiorkor, la malnutrition et promouvoir toute action en faveur de l’enfance défavorisée, pauvre et démunie ». Il s’était alors fortement investi dans la sensibilisation de l’opinion publique sur le kwashiorkor et la malnutrition, la mobilisation et la distribution des aides d’urgence, le suivi de l’évolution socio-sanitaire à travers les réunions mensuelles de différents intervenants (services publics, églises, formations sanitaires, bénévoles intéressés, experts et centres de recherche, missions de coopération,..), les travaux en commissions techniques,….
A la fin de l’année 1969, convaincu que les aides humanitaires ne pouvaient nullement résoudre le problème de la famine et du kwashiorkor, le Comité Anti-Bwaki s’était investi dans la recherche des solutions locales durables et dans des actions durables que les populations devaient intégrer dans leurs pratiques quotidiennes; il avait adopté le Plan Biyoya, un outil stratégique axé sur l’éducation sanitaire et nutritionnelle des familles, la formation des animateurs ruraux, la production des documents et outils d’éduction nutritionnelle, et l’introduction des cultures riches en protéines.
A la fin de l’année 1979, le Comité Anti-Bwaki co-organise, avec l’IRS/Lwiro, l’INERA/Mulungu, l’ISDR/Bukavu, … le Symposium sur l’avenir de l’enfant du Kivu d’altitude. Ce symposium réunit de nombreux experts locaux, nationaux et internationaux. Ses conclusions sont sans appel : une situation de malnutrition générale s’est amplifiée, frappant jusqu’à 70 % des enfants dans certains villages (enquête CEMUBAC). Cette malnutrition est favorisée par un état de pauvreté qui se répand causée par la baisse de la production vivrière (de suite des érosions et des pratiques contre-productrices) et l’amorce d’un processus de désertification inévitable du fait du déboisement, l’absence d’investissements et la perte d’emplois observées depuis les années 1965, la dévaluation des salaires, ….
Le Symposium adopte d’importantes et pertinentes recommandations portant sur la relance des activités de production vivrière, l’investissement par les pouvoirs publics dans des secteurs pourvoyeurs d’emplois, la mise en place des programmes de reforestation et des actions variées et ciblées de développement durables appuyées par l’Etat et par les opérateurs privés. Les participants recommandent que le Comité Anti-Bwaki devienne opérationnel en tant qu’organisation de développement pour concrétiser les recommandations issues des travaux du Symposium. Entre temps, pendant l’année 1980, la Province est frappée, pour la première fois, par les épidémies de  choléra et de dysenterie bacillaire; ces deux épidémies mobilisent le Comité Anti-Bwaki et ses membres dans de nouvelles actions d’urgence médicale; mais elles renforcent aussi l’idée de l’opérationnalisation recommandée par le Symposium, en vue des actions durables, préventives et des solutions appropriées dans l’approche du développement local durable.

La restructuration du Comité Anti-Bwaki, intervenue au cours des années 1984-1990, se situe dans le cadre des recommandations du Symposium : le Comité Anti-Bwaki se dote des statuts d’ONG locale de développement, conformément à la loi, ainsi que des organes et des services qui se consolideront au fur et à mesure. L’organisation se renforce autour de 5 domaines d’intervention, à savoir : 1° l’éducation au développement et la structuration paysanne, 2° les infrastructures rurales (eau potable, hygiène et assainissement, routes locales, habitat, alternatives d’énergie,…), 3° la production vivrière et la sécurité alimentaire, 4° l’économie familiale, 5° l’environnement et la gestion des ressources naturelles.

En septembre 1988, le Comité Anti-Bwaki acquiert la personnalité juridique, par l’ordonnance-loi n° 88-160 du 29 septembre 1988. L’organisation intensifie son action à la base, dans la structuration des Comités villageois de développement et la mise en œuvre des programmes variés, dans l’approche « ménage », tout en stimulant des synergies et des partenariats au niveau local et international. A la fin de l’année 2015, le Comité Anti-Bwaki dispose d’une forte expérience et de nombreuses réalisations : près d’un million d’habitants desservis en eau potable, quelques 50.000 familles formées et suivies dans les techniques agropastorales durables, des variétés culturales et d’élevage amélioré introduites dans la région, un réseau de 150 organisations paysannes actives (comités de développement, groupements féminins, coopératives agricoles, mutuelles d’éleveurs, mutuelles d’épargnes solidaires, pharmacies vétérinaires rurales, brigades d’hygiène et environnement, des comités de gestion des réseaux d’eau potable,…), des dizaines d’unités de production opérationnelles constituées par les femmes et les jeunes (savon, jus, vins de canne à sucre, tomate, ananas, peaux, miel,…), des unités de transformation et de commercialisation des produits agricoles (moulins, décortiqueuses), …

A partir de 2015, plusieurs missions internes et externes d’évaluation ainsi que les conclusions d’audit institutionnel ont recommandé la nécessité d’adapter l’appellation et la mission du Comité Anti-Bwaki à ses programmes et à son action telle qu’amorcée à partir des années 1984-1990. Avec son action et les différents programmes mis en œuvre, le Comité Anti-Bwaki a accumulé d’immenses résultats palpables au niveau des villages; il convient de les pérenniser,  de les amplifier et de les consolider dans une vision désormais large de développement rural. Le Comité Anti-Bwaki et son action ne peuvent plus être limités au kwashiorkor ni à sa mission initiale définie il y a plus de 50 ans. Le contexte et l’action de l’organisation ont évolué; il faut absolument mettre à jour la mission au regard de l’immense action mise en route depuis les années 1984-1990, il faut changer l’appellation de l’organisation dont l’œuvre n’est plus spécifiquement liée au Bwaki, mais plutôt désormais située dans une large vision et engagement pour le développement durable.

C’est ainsi qu’à partir de l’année 2017, le Comité Anti-Bwaki a été engagé dans un processus participatif de changement d’appellation et de mise à jour des statuts et de la mission et des textes de l’organisation . Le dossier y relatif a été introduit auprèsd es autorités compétentes en province eet à Kinshasa. L’arrêté ministériel N°173/CAB/ME/MIN/J&GS/2018 du 21 septembre 2018, signé par le Ministre d’Etat, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, en date du 21 septembre 2018, constitue l’aboutissement des démarches et du processus de changement. A dater du 21 septembre 2018, l’Œuvre pour la lutte contre le Kwashiorkor au Kivu, en abrégé Comité Anti-Bwaki, a changé d’appellation. Désormais, l’organisation s’appelle ASSOCIATION SANS BUT LUCRATIF, COMITE POUR L’AUTOPROMOTION A LA BASE, en sigle C.A.B.
Une conférence de presse a été tenue le lundi 15 octobre 2018, par le Secrétaire Général, en présence des membres du Conseil d’administration, des nombreux invités responsables et délégués des services publics (Inspection provinciale de l’Agriculture, élevage, pêche et forêts, Division provinciale du Plan, Division provinciale du Développement Rural), des ONG locales, …  pour informer officiellement l’opinion publique ainsi que les partenaires traditionnels du CAB.
Si le bwaki n’existe n’est plus visible, il subsiste de nombreux cas de malnutrition et de dénutrition, des situations de famine, de pauvreté et de misère qui se sont généralisées au cours des vingt dernières années de suite des guerres à répétition, des pillages et tracasseries sans cesse, de la baisse des rendements agricoles, des conséquences de la mauvaise gouvernance (tracasseries, ponctions, corruption, impunité, violences et violation des droits, absence d’emplois et des salaires,…). Dans sa nouvelle ambition, le CAB actuel entend maintenir et renforcer les acquis de son immense action de plusde 50 ans, sa crédibilité et sa légitimité au niveau local, national et international, avec un accent sur l’agriculture écologique et la souveraineté alimentaire, la baisse de l’âge moyen des producteurs, l’emploi rural, l’épargne et le revenu des ménages, ….

Eugénie Mwishogwa.

Le Comité Anti-Bwaki devient le Comité pour l’Autopromotion à la Base
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