Au cours de l’année 2015, le Comité Anti-Bwaki a commémoré son cinquantième anniversaire.
Créée en février 1965, dans une période d’après-guerres marquée par les troubles survenues avec l’indépendance du pays (rébellion muleliste, déplacement des populations, pillages et destruction des infrastructures,…), le COMITE ANTI-BWAKI, a fait du chemin.

Le Kwashiorkor (bwaki, en langue locale) avait été diagnostiqué à partir des années 1958-1959 dans certains villages autour de Bukavu. Cette maladie sera amplifiée par les troubles des années 1960-1964, à cause de la destruction des structures d’approvisionnement, de l’abandon des champs pendant les troubles, de l’afflux des réfugiés qui avaient fui la ville de Bukavu vers les villages. Le kwashiorkor s’était ainsi vite répandue en ville de Bukavu et dans les territoires environnants, frappant principalement les enfants et les femmes enceintes ou allaitant. Selon une étude faite par le CEMUBAC, plus de 70 % des enfants de 1 à 15 ans présentaient des signes de kwashiorkor et de malnutrition autour des années 1970 dans la région du Bushi.

De nombreuses pertes en vies humaines avaient alors été enregistrées. Face à cette situation dramatique, des personnalités d’horizons divers (services publics, œuvres sociales, confessions religieuses, hôpitaux, quelques organismes internationaux), soucieuses du bien-être de la population, s’étaient mobilisées pour contrer cette maladie ; elles avaient alors créé, le 14 février 1965, l’Œuvre pour la lutte contre le Kwashiorkor au Kivu, en abrégé, COMITE ANTI-BWAKI.

Au départ, le Comité Anti-Bwaki était entendu comme un cadre de sensibilisation et de mobilisation de l’opinion nationale et internationale, un forum d’échanges et d’engagements pour combattre le kwashiorkor, un outil de mobilisation et de distribution des aides d’urgence, et un cercle de partage d’informations sur les actions en cours, ou à mener, pour arrêter le kwashiorkor et promouvoir les meilleures conditions de vie des enfants. La mission lui assignée est ainsi de « lutter contre le Kwashiorkor et la malnutrition et de promouvoir toute action en faveur de l’enfance défavorisée, pauvre et démunie ».

A partir des années 1965, l’organisation a multiplié des interventions dans la région du Bushi-Buhavu ; elle est passée des campagnes de distribution des aides d’urgence (de 1965 à 1967, de 1967 à 1969), des programmes de sensibilisation des populations sur la nutrition et la santé (1966-1979), à des actions concrètes portant sur l’amélioration des conditions de vie des populations dans des domaines variés, à savoir :
– la promotion des programmes de consultations des enfants,
– l’ appui à la mise en place des centres nutritionnelles et de santé,
– la publication des documents et fiches d’éducation sanitaire et nutritionnelle,

Dès la fin de l’année 1969, le Comité Anti-Bwaki est convaincu que les aides humanitaires ne peuvent nullement résoudre le problème de la famine et du kwashiorkor, et qu’il faudrait plutôt des solutions locales et durables; il faut rapidement mettre en œuvre des actions concrètes que les populations s‘approprient et qu’elles intègrent dans leurs pratiques quotidiennes. C’est dans cette optique, qu’à partir de l’année 1970, le Comité Anti-Bwaki lance le ‘’Plan Biyoya’’ (médecin initiateur du plan et un de premiers animateurs du Comité Anti-Bwaki). Les axes stratégiques de ce plan sont : l’éducation sanitaire et nutritionnelle de la population, la transformation des centres de distribution des vivres en centres de formation et d’animation, la formation des animateurs ruraux et l’introduction des cultures riches en protéines. C’est dans le cadre de ce plan que le Comité Anti-Bwaki introduit la culture du soja dans les villages du Bushi, ainsi que l’installation des centres de transformation du soja, avec le concours de l’UNICEF.

A la fin de l’année 1979, le Comité Anti-Bwaki est initiateur et co-organisateur (avec l‘ISDR, l’IRS/Lwiro, l’INERA, le Ceplanut,…) du Symposium sur l’avenir de l’enfant du Kivu d’altitude. Les conclusions de ce symposium vont être à la base d’une réorientation de l’action du Comité Anti-Bwaki. Le Symposium sur l’avenir de l’enfant du Kivu d’altitude, organisé par le Comité Anti-Bwaki en collaboration avec des institutions spécialisées (ISDR/Bukavu, IRS/Lwiro, et des chercheurs chevronnés nationaux (CEPLANUT) et internationaux (CEMUBAC, Université de Louvain…), est un moment d’évaluation de la situation de la malnutrition et d’analyse du contexte social et des défis du moment. Lire les Conclusions du Symposium.

Face à la dégradation des conditions de vie des populations et l’extension du kwashiorkor, la forte baisse du revenu des ménages du fait de la dégradation des sols entraînant la diminution des rendements agricoles, le sous-emploi, le déboisement, … les fondateurs du Comité Anti-Bwaki décident d’étendre sa mission, en lui donnant un rôle plutôt opérationnel, dans le cadre d’une nouvelle politique d’interventions sur le terrain et de développement à la base. Car, entretemps, deux grandes épidémies, le choléra et la dysenterie bacillaire, frappent la région, à la fin de la même année 1979.

Les épidémies de choléra et de dysenterie bacillaire qui ont frappé la région, à la fin de l’année 1979, et les conclusions du Symposium sur l’avenir de l’enfant du Kivu d’altitude, vont inspirer la décision des participants de réorganiser le Comité Anti-Bwaki pour lui donner un rôle plutôt opérationnel en tant qu’organisation locale de développement à la base.

Cinq domaines d’intervention et axes stratégiques du CAB depuis 1980 

Au fur et à mesure, à partir de l’année 1980, l’action du CAB s’est confirmée à travers cinq axes stratégiques, à savoir :
La structuration paysanne et l’animation au développement : organisation et renforcement des structures de développement à la base, formation des leaders paysans et animateurs des groupes, sensibilisation aux valeurs citoyennes, promotion du genre et du leadership local, appui aux initiatives d’allègement des charges de la femme/famille ;
L’agriculture et l’élevage : formations et vulgarisation des techniques durables de production agropastorale, appui en intrants de production vivrière et d’élevage, intégration agriculture-élevage, introduction des matériaux et espèces performants, les manifestations promotionnelles, la santé et production animale,
Les infrastructures rurales : approvisionnement des villages en eau potable (aménagement des sources, adductions d’eau), mise en place des mini-réseaux ruraux de distribution et de gestion de l’eau, appui à l’amélioration de l‘habitat, réhabilitation des routes locales, construction/réhabilitation des infrastructures sociales, promotion des alternatives d’énergie rurale ;
L’économie locale et le genre : appui aux initiatives génératrices de revenu, appui à l’entreprenariat rural et accès au crédit agricole, accompagnement de la transformation et commercialisation des produits,
L’environnement et la bonne gestion des ressources naturelles : sensibilisation sur la protection de l’environnement, appui aux campagnes annuelles de reboisement et agroforesterie, appui aux brigades d’eau, hygiène, assainissement et environnement, sensibilisation à l’hygiène et à la salubrité publique.

Nouvelle appellation à partir de 2018

Lors des ateliers d’auto-évaluation des activités de l’année 2015, les délégués des organisations partenaires du Comité Anti-Bwaki à la base (Comités de développement, Groupements féminins, Coopératives agricoles, Mutuelles de Solidarité, Mutuelles des éleveurs, associations des producteurs, groupements d’artisans, brigades d’eau et environnement, …) ont fait les constats ci-après :
1° Le bwaki, dans sa description et sa forme, tel que vécu au cours des années 1965-1980 (gonflement des joues et des pieds, décoloration des cheveux, rachitisme, ballonnement du ventre), n’est plus visible dans les villages du rayon d’action du CAB. Actuellement, ce sont plutôt des cas de malnutrition qui sont visibles du fait de la pauvreté et de la baisse de la production.
2° Le CAB ne distribue plus, depuis bien longtemps, des vivres et autres produits alimentaires comme ce fut le cas entre 1965 et 1970. Il préconisait déjà plutôt des actions durables, des solutions locales pour venir à bout de cette maladie;
3° Le CAB s’est engagé progressivement, depuis l’année 1980, dans des programmes et des actions de développement durable. Ces actions sont porteuses d’effets immense, positifs, sur la vie des familles et des enfants; elles ont donné au CAB une vision et une dimension plutôt large en tant que partenaire incontournable du développement local durable.
4° Les programmes du CAB, de par leur réel impact dans le milieu, font que l’identité de l’organisation ne peut plus être réduite au seul kwashiorkor.
5° Le CAB a développé des expertises indiscutables dans le cadre des thématiques et des domaines de son action plutôt qu’au niveau de la lutte contre le kwashiorkor, cette problématique (du kwashiorkor) relevant beaucoup plus actuellement du domaine socio-sanitaire.

Compte tenu de ces constats, les participants ont recommandé au Comité Anti-Bwaki d’envisager le changement d’appellation pour s’adapter à son évolution et à ses programmes actuels. Ils ont estimé que la mission de l’Œuvre pour la lutte contre le kwashiorkor est finie, que le Comité Anti-Bwaki a suffisamment atteint son objectif et que sa vision et sa dynamique, depuis les années 1980, en appellent à une nouvelle dénomination.

Cette observation avait déjà été faite par certaines missions d’évaluation ainsi que des partenaires externes. De plus, à l’occasion des 10è Journées Champêtres organisées par le CAB, à Walungu, du 5 au 8 janvier 2016, dans son discours d’ouverture des manifestations, le Chef de Chefferie de Ngweshe (un des fondateurs du Comité Anti-Bwaki en 1965), le Mwami Pierre Ndatabaye, avait également insisté sur le succès du CAB dans l’éradication du Kwashiorkor et la nécessité de changer d’appellation au regard de grandes actions réalisées depuis plus de 30 ans dans les domaines variés de développement.

Forts de ces diverses recommandations, les membres effectifs du Comité Anti-Bwaki, réunis en assemblée ordinaire au début de l’année 2017, ont décidé de procéder à ce changement d’appellation souhaité par les uns et les autres. Un appel à propositions a été lancé au niveau des membres effectifs et des organisations partenaires à la base, durant le premier semestre. C’est ainsi que, réunis en séance extraordinaire (8 juillet 2017), les membres effectifs ont opté pour l’appellation COMITE POUR L’AUTOPROMOTION A LA BASE, en sigle C.A.B.

Cette nouvelle appellation va commencer à apparaître progressivement sur les documents officiels du CAB, d’abord en parallèle avec l’ancienne appellation Comité Anti-Bwaki, durant le second semestre 2017. Et au fur et à mesure que les partenaires seront au courant du changement, et que les services compétents auront été informés, l’appellation Comité Anti-Bwaki disparaîtra. Et c’est à partir du 1er janvier 2018 que la nouvelle appellation ‘’ COMITE POUR L’AUTOPROMOTION A LA BASE, en sigle C.A.B.’’, va entrer en vigueur.

Merci aux partenaires, aux groupes de base, aux institutions et services publiques, aux autres organisations locales, nationales et agences internationales,… de retenir cette nouvelle appellation et de commencer à l’utiliser progressivement dans les contacts et les correspondances.

Bukavu, 15 juillet 2017

Le Comité Anti-Bwaki va changer d’appellation
Partagez :